Économie
Sénégal : Un renouvellement de la flotte d’Air Sénégal prévu fin mars 2026
Héritière d’une situation financière dégradée, la compagnie nationale Air Sénégal SA a présenté jeudi sa stratégie de redressement lors du « Ndogou (rupture du jeûne) de la Presse 2026 », faisant état de premiers résultats encourageants mais d’importants chantiers encore en suspens, dont l’épineuse question de la flotte.
Air Sénégal SA a organisé jeudi l’édition 2026 de son « Ndogou de la presse », sous l’impulsion de son Directeur Général Tidiane Ndiaye, pour présenter les perspectives de redressement de la compagnie et les défis liés au développement du hub aérien national.
Une situation héritée critique
À la prise de fonction de la nouvelle Direction générale en août 2024, Air Sénégal SA affichait une dette globale de 118 milliards de francs CFA — dont 52 milliards envers des partenaires privés et 66 milliards envers des structures publiques —, des pertes cumulées de 139 milliards sur les exercices 2022 et 2023, une flotte réduite à 50 % de sa capacité initiale et un risque réel de rupture d’exploitation à court terme.
L’État engage le redressement
Face à cette situation, un Conseil interministériel consacré à la relance de la compagnie s’est tenu le 3 avril 2025 sous la présidence du Premier ministre. Plusieurs décisions structurantes y ont été arrêtées : apurement des dettes d’exploitation, mobilisation d’un fonds de roulement, reconstitution des fonds propres et création de filiales spécialisées, dont Air Sénégal Express. Ces orientations ont été réaffirmées lors du Conseil des ministres du 11 février 2026, avec instruction d’une mise en œuvre dans un délai de 30 jours.
Premiers résultats
Des mesures de rationalisation engagées par la Direction générale ont permis de réduire le déficit de 24 % entre 2024 et 2025, de faire baisser les charges d’exploitation de 11,5 % et de dégager une économie moyenne de 3,4 milliards de francs CFA par mois. La compagnie a par ailleurs continué d’assurer le paiement des salaires de ses employés sans solliciter l’État, malgré le recours important à la location d’avions.
Sur le plan de la dette, les engagements envers les partenaires privés ont été ramenés de 52 à 37 milliards. En revanche, la dette envers les structures publiques s’est alourdie à 94 milliards. Un mécanisme de compensation des dettes croisées entre entités publiques, en cours de formalisation, pourrait permettre d’effacer environ 71 milliards.
Renouvellement de la flotte à partir de fin mars 2026
Air Sénégal SA a défini une stratégie d’acquisition progressive de 15 avions de type Boeing à l’horizon 2035. La première phase prévoit la mise en flotte, à partir de fin mars 2026, de six Boeing 737 NG passagers et d’un Boeing 737 cargo, avec pour objectif de disposer d’une flotte propre et pleinement maîtrisée dès le second semestre 2026.
Le hub de Diass, enjeu stratégique
La compagnie plaide pour un alignement stratégique entre Air Sénégal SA, l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD SA) et les services d’assistance au sol (LAS), actuellement gérés dans des cadres institutionnels distincts, ce qui « limite l’alignement stratégique avec la compagnie nationale ».
Pas d’ouverture du capital de la maison mère
Le Directeur général adjoint Farba Diouf a précisé que l’État actionnaire à 100 % à travers la Caisse des dépôts et des consignations n’a pas émis le souhait d’ouvrir le capital de la société mère. En revanche, les filiales du groupe, dont Air Sénégal Express, sont ouvertes aux investisseurs privés et étrangers. « Nous sommes suspendus à leur intérêt pour pouvoir matérialiser cette ouverture du capital », a-t-il indiqué.
Sur la question du financement, le DGA a expliqué que la reconstitution des fonds propres — estimés à moins 235 milliards en 2024 — ne nécessite pas de décaissement de la part de l’État. Elle reposerait sur un « coup d’accordéon », mécanisme consistant à transformer les concours de l’État en actions, ce qui permettrait de ramener les fonds propres à zéro et d’ouvrir la voie à des levées de fonds auprès des banques. « On ne demande pas au Trésor de sortir de l’argent », a-t-il insisté, tout en soulignant que les décisions prises en avril 2025 et rappelées en février 2026 « attendent toujours leur matérialisation effective ».
Trois avions en service : la cause des retards
Le Directeur commercial et marketing Assane Sambe a pour sa part désigné le manque d’avions comme « le problème majeur » de la compagnie. Air Sénégal ne dispose actuellement que de trois appareils en service, tous loués, ce qui rend la compagnie particulièrement vulnérable aux aléas techniques. « Si demain, l’avion qui part sur Paris tombe en panne, vous allez entendre dans la presse qu’Air Sénégal a encore annulé un vol », a-t-il reconnu, faisant valoir l’impossibilité de substituer rapidement un appareil défaillant, contrairement à des compagnies comme Air France qui disposent de plus de 400 avions.
Sur les déficits de communication lors des irrégularités, M. Sambe a expliqué que le système d’alerte automatique de la compagnie ne peut atteindre que les passagers.
Économie
Afrique : 780 millions USD d’ECOBANK pour le financement des entrepreneures
Le groupe Ecobank, premier établissement bancaire panafricain, a annoncé une progression spectaculaire de 194 % de ses prêts aux entreprises dirigées par des femmes, avec un volume record de 780 millions de dollars de crédits octroyés au cours de l’année 2025.
L’annonce du volume record des financements d’Ecobank aux entreprises, faite à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2026, témoigne d’une montée en puissance massive des initiatives à vocation genrée de la banque. L’encours total des prêts aux entreprises formellement enregistrées et dirigées par des femmes est passé de 265 millions de dollars en 2024 à 780 millions l’année dernière, alors que l’établissement intensifie ses efforts pour combler le déficit de financement de 42 milliards de dollars qui pénalise actuellement les femmes entrepreneures à travers le continent.
À l’occasion de la publication du Rapport sur le Programme genre d’Ecobank, le directeur général du groupe, Jeremy Awori, a affirmé que l’inclusion financière constitue le principal levier de la stabilité économique globale de l’Afrique.
« Les femmes entrepreneures figurent parmi les moteurs les plus puissants de la croissance économique locale à travers l’Afrique, et pourtant beaucoup se heurtent encore à des obstacles financiers qui limitent leur capacité à se développer. Chez Ecobank, nous travaillons à combler ce fossé en combinant accès aux capitaux, renforcement des capacités et accès aux marchés via notre plateforme panafricaine », a-t-il déclaré.
Le programme phare Ellevate de la banque a joué un rôle central dans cette dynamique. Depuis son lancement en 2020, l’initiative s’est déployée dans 26 pays d’Afrique de l’Ouest, centrale, orientale et australe. À fin 2025, l’écosystème comptait plus de 103 000 femmes entrepreneures enregistrées, dont 24 000 bénéficiant d’un accompagnement spécialisé en mentorat et en soutien non financier aux entreprises.
Un pilier distinctif de la stratégie d’Ecobank réside dans son attention portée au secteur « informel » — ces petits commerçants et artisans qui constituent l’épine dorsale des marchés africains, mais qui manquent souvent des documents requis pour accéder aux prêts bancaires classiques. À travers le programme MAMA, lancé au Ghana, la banque leur ouvre une voie pour constituer un historique financier. « Bon nombre de ces entrepreneures génèrent des flux de trésorerie quotidiens solides, mais restent exclues des financements traditionnels faute de documents suffisants », relève le rapport. En précisant que le programme « permet aux femmes de rejoindre progressivement l’économie formelle et d’accéder, au fil du temps, à des opportunités de financement plus importantes ».
À peine deux ans après son lancement, l’initiative MAMA a déjà enrôlé 10 000 femmes et décaissé plus de 1,8 million de dollars en facilités de crédit subventionnées.
La banque innove également dans les instruments financiers pour entretenir cette dynamique. En mars 2025, Ecobank Côte d’Ivoire a émis une obligation genre historique, première opération de ce type dans la zone UEMOA. L’opération a rencontré un succès fulgurant, levant 11 milliards de francs CFA (18,2 millions de dollars) en moins de 48 heures.
« La forte croissance des prêts aux entreprises dirigées par des femmes reflète à la fois la demande des entrepreneures et l’impact d’initiatives telles qu’Ellevate et notre obligation genre, qui contribuent à mobiliser des capitaux spécifiquement dédiés à la croissance des femmes », a ajouté Awori.
À l’horizon 2027, Ecobank a confirmé son intention d’enrichir ses outils numériques à destination des cheffes d’entreprise et de renforcer ses partenariats avec les institutions de financement du développement. En connectant ces entreprises au Hub commercial du marché unique d’Ecobank, la banque ambitionne de permettre aux entreprises « locales » dirigées par des femmes de s’imposer, à terme, à l’échelle continentale.
Ecobank est le premier groupe bancaire privé panafricain, présent dans 34 pays d’Afrique subsaharienne. Fort de plus de 32 millions de clients et de 14 000 collaborateurs, il constitue une porte d’entrée privilégiée pour les paiements, le commerce et l’investissement à travers le continent.
Économie
Côte d’Ivoire : La crise du cacao fragilise des centaines de milliers de producteurs
Dans le village de Kouamé-Kouassikro, près de Bouaflé, des sacs de cacao séché restent empilés dans les maisons et les entrepôts. Faute d’acheteurs ou de paiement effectif, les producteurs conservent pour seule garantie des reçus attestant de la livraison de leur récolte. Plusieurs mois après la pesée des fèves, certains attendent toujours d’être rémunérés.
« Ils pèsent le cacao depuis novembre. À ce jour, je n’ai toujours pas reçu l’argent et j’ai encore du cacao séché chez moi. Je ne trouve personne pour l’acheter. À l’heure actuelle, je n’ai pas d’argent pour travailler dans les champs », déplore Simplice Konan Konan, cultivateur dans la région.
Cette situation illustre les turbulences qui secouent la filière dans toute l’Afrique de l’Ouest. Des centaines de milliers d’agriculteurs dépendent du cacao pour leur subsistance, et en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’exportation des fèves représente environ 40 % des recettes extérieures du pays. Or la campagne 2025-2026, ouverte en octobre, s’annonce particulièrement difficile.
Après avoir atteint en 2024 un sommet historique de plus de 12 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux, le prix du cacao s’est brutalement effondré autour de 4 000 dollars, sous l’effet d’une offre redevenue abondante et d’une demande moins dynamique. Cette chute a pris de court les acteurs du secteur. Les négociants internationaux ont hésité à acheter des fèves à des prix fixés plus tôt par les autorités ivoiriennes et ghanéennes, de peur d’enregistrer des pertes.
Dans ces deux pays, le système de commercialisation repose sur un prix garanti annoncé au début de chaque saison. Les fèves sont majoritairement vendues par l’intermédiaire d’organismes agréés par l’État, censés protéger les producteurs des fluctuations des marchés mondiaux. Fin 2024, le président ivoirien Alassane Ouattara avait fixé le prix bord champ à 2 800 francs CFA le kilogramme pour la récolte principale, un niveau salué par de nombreux agriculteurs comme un rare moment de stabilité.
Mais l’effondrement des cours a rapidement remis en cause cet équilibre. Face aux stocks qui s’accumulent et à la frilosité des acheteurs, Abidjan a décidé cette semaine de réduire de plus de moitié le prix payé aux producteurs pour 2026, désormais fixé à 1 200 francs CFA par kilogramme.
Le gouvernement assure toutefois vouloir maintenir une rémunération équitable. « L’engagement du chef de l’État est de payer aux producteurs au moins 60 % du prix international, et cet engagement sera respecté », affirme le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, qui évoque un prix « rémunérateur ».
Sur le terrain, les producteurs peinent à partager cet optimisme. Avec la hausse des coûts de production (main-d’œuvre, engrais ou entretien des plantations) beaucoup estiment que leur marge devient trop faible pour faire vivre leur famille.
« Nous sommes même tentés d’abandonner la culture du cacao pour planter du manioc ou des noix de cajou », confie Célestin Kouassi Kouadio, chef du village de Kouamé-Kouassikro. « Comme nous ne gagnons rien avec le café et le cacao, il vaut mieux faire autre chose. »
Certains agriculteurs envisagent des solutions plus radicales. Selon les organisations professionnelles, des parcelles sont parfois louées à des exploitants d’or clandestins ou à des extracteurs de sable, dont l’activité alimente le secteur de la construction mais rend les terres infertiles.
La crise illustre les fragilités structurelles du commerce du cacao. Beaucoup de producteurs estiment avoir été exclus des bénéfices de la flambée des prix en 2024, avant de subir de plein fouet l’effondrement qui a suivi. Les gouvernements ouest-africains cherchent désormais à ajuster leurs mécanismes de régulation. Le Ghana a ainsi réduit en janvier de 28 % son prix garanti pour rendre ses fèves plus compétitives sur le marché.
Économie
Niger : Résiliation des conventions d’établissement de trois sociétés d’affinage d’or
Un coup de balai dans le secteur extractif nigérien. Réuni en Conseil des ministres le 3 mars 2026, le gouvernement a annoncé la résiliation des conventions d’établissement de trois sociétés d’affinage d’or — la Compagnie des mines du Niger (Comini Sarl), Afrior SA et Ecomine SA — et le rejet de la demande de prolongation des permis pétroliers de la britannique Savannah Energy. Des décisions présentées comme des actes de souveraineté, dans un pays dont les richesses naturelles sont au cœur d’un bras de fer permanent entre l’État et les opérateurs étrangers.
Des engagements non honorés depuis 2023
Les trois sociétés visées opéraient dans l’installation et l’exploitation d’unités d’affinage d’or à Niamey, en vertu de conventions signées entre 2017 et 2020. Leurs obligations étaient pourtant clairement définies : payer l’intégralité de leurs taxes et impôts, fournir chaque année un rapport technique et financier au ministère des Mines, respecter les normes environnementales en vigueur et privilégier l’emploi de travailleurs nigériens.
Mais depuis 2023, renseigne le gouvernement, ces engagements « n’ont pas été honorés par ces sociétés ». Face à ces manquements répétés, des mises en demeure avaient été adressées aux trois entreprises en février puis en juillet 2025. Le résultat a été jugé très insuffisant : si Ecomine SA a fourni une réponse partielle, elle n’a pas convaincu les autorités. Quant à Comini Sarl et Afrior SA, elles n’ont pas donné suite, s’exposant en outre au retrait de leurs titres miniers pour non-respect de la réglementation. Les décrets de résiliation ont été officiellement pris en application des dispositions du Code minier nigérien.
Savannah Energy : quatre blocs pétroliers perdus
Simultanément, le ministre du Pétrole a rejeté la demande de prorogation des autorisations exclusives de recherche dites R1, R2, R3 et R4 déposée par Savannah Energy Niger, filiale locale du groupe britannique Savannah Energy. Ces quatre blocs sont situés dans le bassin d’Agadem, en région de Diffa — principale zone pétrolière du Niger —, et représentent à eux seuls environ 13 655 km², soit près de la moitié du bassin.
Le motif invoqué est sans ambiguïté : la société « n’a pas satisfait ses obligations contractuelles et réglementaires liées au Programme de Travail Minimum, telles que prévues dans le Contrat de Partage de Production, et ce sous plusieurs aspects ». La décision est d’autant plus significative que Savannah Energy affirmait récemment avoir réalisé une « importante découverte » d’hydrocarbures sur l’un de ses puits dans la zone.
Une politique de souveraineté assumée
Ces sanctions s’inscrivent dans une ligne politique clairement assumée depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a porté le général Abdourahamane Tchiani au pouvoir. La nouvelle administration a depuis multiplié les mesures destinées à reprendre le contrôle des ressources du sous-sol : en juin 2025, elle a procédé à la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), filiale du groupe nucléaire français Orano, privant ainsi Paris d’un accès stratégique à l’uranium nigérien. En août de la même année, c’est la mine d’or de Samira, dans l’ouest du pays, qui a été nationalisée.
Le Niger, producteur de pétrole depuis 2011, a par ailleurs mis en service en 2024 un oléoduc reliant les champs d’Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji, bien que cette infrastructure soit régulièrement visée par des attaques de groupes armés. Dans ce contexte de tensions régionales et de repositionnement géopolitique, Niamey entend désormais imposer ses conditions à tous les opérateurs du secteur extractif, sans exception ni ménagement.
En rappel, le Niger est membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, suite à leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).