Économie
Côte d’Ivoire : La crise du cacao fragilise des centaines de milliers de producteurs
Dans le village de Kouamé-Kouassikro, près de Bouaflé, des sacs de cacao séché restent empilés dans les maisons et les entrepôts. Faute d’acheteurs ou de paiement effectif, les producteurs conservent pour seule garantie des reçus attestant de la livraison de leur récolte. Plusieurs mois après la pesée des fèves, certains attendent toujours d’être rémunérés.
« Ils pèsent le cacao depuis novembre. À ce jour, je n’ai toujours pas reçu l’argent et j’ai encore du cacao séché chez moi. Je ne trouve personne pour l’acheter. À l’heure actuelle, je n’ai pas d’argent pour travailler dans les champs », déplore Simplice Konan Konan, cultivateur dans la région.
Cette situation illustre les turbulences qui secouent la filière dans toute l’Afrique de l’Ouest. Des centaines de milliers d’agriculteurs dépendent du cacao pour leur subsistance, et en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’exportation des fèves représente environ 40 % des recettes extérieures du pays. Or la campagne 2025-2026, ouverte en octobre, s’annonce particulièrement difficile.
Après avoir atteint en 2024 un sommet historique de plus de 12 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux, le prix du cacao s’est brutalement effondré autour de 4 000 dollars, sous l’effet d’une offre redevenue abondante et d’une demande moins dynamique. Cette chute a pris de court les acteurs du secteur. Les négociants internationaux ont hésité à acheter des fèves à des prix fixés plus tôt par les autorités ivoiriennes et ghanéennes, de peur d’enregistrer des pertes.
Dans ces deux pays, le système de commercialisation repose sur un prix garanti annoncé au début de chaque saison. Les fèves sont majoritairement vendues par l’intermédiaire d’organismes agréés par l’État, censés protéger les producteurs des fluctuations des marchés mondiaux. Fin 2024, le président ivoirien Alassane Ouattara avait fixé le prix bord champ à 2 800 francs CFA le kilogramme pour la récolte principale, un niveau salué par de nombreux agriculteurs comme un rare moment de stabilité.
Mais l’effondrement des cours a rapidement remis en cause cet équilibre. Face aux stocks qui s’accumulent et à la frilosité des acheteurs, Abidjan a décidé cette semaine de réduire de plus de moitié le prix payé aux producteurs pour 2026, désormais fixé à 1 200 francs CFA par kilogramme.
Le gouvernement assure toutefois vouloir maintenir une rémunération équitable. « L’engagement du chef de l’État est de payer aux producteurs au moins 60 % du prix international, et cet engagement sera respecté », affirme le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, qui évoque un prix « rémunérateur ».
Sur le terrain, les producteurs peinent à partager cet optimisme. Avec la hausse des coûts de production (main-d’œuvre, engrais ou entretien des plantations) beaucoup estiment que leur marge devient trop faible pour faire vivre leur famille.
« Nous sommes même tentés d’abandonner la culture du cacao pour planter du manioc ou des noix de cajou », confie Célestin Kouassi Kouadio, chef du village de Kouamé-Kouassikro. « Comme nous ne gagnons rien avec le café et le cacao, il vaut mieux faire autre chose. »
Certains agriculteurs envisagent des solutions plus radicales. Selon les organisations professionnelles, des parcelles sont parfois louées à des exploitants d’or clandestins ou à des extracteurs de sable, dont l’activité alimente le secteur de la construction mais rend les terres infertiles.
La crise illustre les fragilités structurelles du commerce du cacao. Beaucoup de producteurs estiment avoir été exclus des bénéfices de la flambée des prix en 2024, avant de subir de plein fouet l’effondrement qui a suivi. Les gouvernements ouest-africains cherchent désormais à ajuster leurs mécanismes de régulation. Le Ghana a ainsi réduit en janvier de 28 % son prix garanti pour rendre ses fèves plus compétitives sur le marché.
Économie
Niger : Résiliation des conventions d’établissement de trois sociétés d’affinage d’or
Un coup de balai dans le secteur extractif nigérien. Réuni en Conseil des ministres le 3 mars 2026, le gouvernement a annoncé la résiliation des conventions d’établissement de trois sociétés d’affinage d’or — la Compagnie des mines du Niger (Comini Sarl), Afrior SA et Ecomine SA — et le rejet de la demande de prolongation des permis pétroliers de la britannique Savannah Energy. Des décisions présentées comme des actes de souveraineté, dans un pays dont les richesses naturelles sont au cœur d’un bras de fer permanent entre l’État et les opérateurs étrangers.
Des engagements non honorés depuis 2023
Les trois sociétés visées opéraient dans l’installation et l’exploitation d’unités d’affinage d’or à Niamey, en vertu de conventions signées entre 2017 et 2020. Leurs obligations étaient pourtant clairement définies : payer l’intégralité de leurs taxes et impôts, fournir chaque année un rapport technique et financier au ministère des Mines, respecter les normes environnementales en vigueur et privilégier l’emploi de travailleurs nigériens.
Mais depuis 2023, renseigne le gouvernement, ces engagements « n’ont pas été honorés par ces sociétés ». Face à ces manquements répétés, des mises en demeure avaient été adressées aux trois entreprises en février puis en juillet 2025. Le résultat a été jugé très insuffisant : si Ecomine SA a fourni une réponse partielle, elle n’a pas convaincu les autorités. Quant à Comini Sarl et Afrior SA, elles n’ont pas donné suite, s’exposant en outre au retrait de leurs titres miniers pour non-respect de la réglementation. Les décrets de résiliation ont été officiellement pris en application des dispositions du Code minier nigérien.
Savannah Energy : quatre blocs pétroliers perdus
Simultanément, le ministre du Pétrole a rejeté la demande de prorogation des autorisations exclusives de recherche dites R1, R2, R3 et R4 déposée par Savannah Energy Niger, filiale locale du groupe britannique Savannah Energy. Ces quatre blocs sont situés dans le bassin d’Agadem, en région de Diffa — principale zone pétrolière du Niger —, et représentent à eux seuls environ 13 655 km², soit près de la moitié du bassin.
Le motif invoqué est sans ambiguïté : la société « n’a pas satisfait ses obligations contractuelles et réglementaires liées au Programme de Travail Minimum, telles que prévues dans le Contrat de Partage de Production, et ce sous plusieurs aspects ». La décision est d’autant plus significative que Savannah Energy affirmait récemment avoir réalisé une « importante découverte » d’hydrocarbures sur l’un de ses puits dans la zone.
Une politique de souveraineté assumée
Ces sanctions s’inscrivent dans une ligne politique clairement assumée depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a porté le général Abdourahamane Tchiani au pouvoir. La nouvelle administration a depuis multiplié les mesures destinées à reprendre le contrôle des ressources du sous-sol : en juin 2025, elle a procédé à la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), filiale du groupe nucléaire français Orano, privant ainsi Paris d’un accès stratégique à l’uranium nigérien. En août de la même année, c’est la mine d’or de Samira, dans l’ouest du pays, qui a été nationalisée.
Le Niger, producteur de pétrole depuis 2011, a par ailleurs mis en service en 2024 un oléoduc reliant les champs d’Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji, bien que cette infrastructure soit régulièrement visée par des attaques de groupes armés. Dans ce contexte de tensions régionales et de repositionnement géopolitique, Niamey entend désormais imposer ses conditions à tous les opérateurs du secteur extractif, sans exception ni ménagement.
En rappel, le Niger est membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, suite à leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Économie
Nigéria : Vers le lancement d’une plateforme nationale de guichet unique
La présidence nigériane a annoncé que le pays procédera, le 27 mars prochain, au lancement officiel de la plateforme du Guichet unique national (National Single Window – NSW). Initiée il y a près de deux ans par le président Bola Tinubu, cette réforme d’envergure vise à moderniser l’environnement commercial du Nigeria en simplifiant les procédures, en améliorant l’efficacité administrative et en renforçant la compétitivité du pays.
Selon le chef de cabinet du président, Femi Gbajabiamila, le projet constitue une étape « monumentale » dans la transformation de l’écosystème commercial national. Il repose sur la mise en place d’un guichet unique centralisé, remplaçant les multiples plateformes et points de contact actuellement utilisés par les opérateurs.
La première phase du déploiement permettra notamment, le traitement en ligne des permis d’importation ; la transmission électronique des manifestes de cargaison ; et la mise en œuvre d’un système centralisé de gestion des risques.
Le gouvernement précise que des sessions de formation sont en cours à l’échelle nationale afin de préparer les différents utilisateurs, tandis que des tests pilotes seront menés avant la mise en service complète, afin de garantir un déploiement fluide.
Avec ce dispositif, les manifestes de fret seront soumis électroniquement et transmis automatiquement aux agences compétentes, sans intervention humaine. Les documents ne seront déposés qu’une seule fois, puis partagés entre toutes les administrations concernées, éliminant ainsi les doublons et réduisant les délais de traitement.
Les autorités soulignent que la collaboration active de l’ensemble des agences publiques sera déterminante pour assurer le succès de cette réforme stratégique.
Économie
Afrique – Uemoa : La BCEAO baisse ses taux directeurs de 25 points de base
Le principal taux directeur auquel la Banque centrale prête ses ressources aux banques passe de 3,25 % à 3 %.
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a décidé de réduire de 25 points de base ses principaux taux directeurs à compter du 16 mars 2026, à l’issue de la première session ordinaire de l’année de son Comité de politique monétaire (CPM), tenue mardi à Dakar.
Dans le détail, le principal taux directeur auquel la Banque centrale prête ses ressources aux banques passe de 3,25 % à 3 %, tandis que le taux d’intérêt sur le guichet de prêt marginal est ramené de 5,25 % à 5 %, a expliqué le Gouverneur de la Bceao, Jean-Claude Kassi Brou.
En revanche, le coefficient des réserves obligatoires applicable aux établissements assujettis de l’Union est maintenu à 3 %.
Selon le Président du CPM, cette baisse « devrait contribuer à consolider l’assouplissement des conditions de financement de l’activité économique » au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).
La décision intervient dans un contexte marqué par une poursuite du repli des prix. Au quatrième trimestre 2025, le taux d’inflation est ressorti à -0,8 %, après -1,4 % le trimestre précédent.
Cela est notamment dû au recul des prix des produits alimentaires, favorisé par une bonne disponibilité des denrées locales et la baisse des coûts des principaux produits importés.
En moyenne annuelle, l’inflation a été nulle en 2025 et devrait remonter progressivement à 1,4 % en 2026, même si la Bceao souligne que la résurgence de tensions géopolitiques pourrait entraîner des pressions haussières sur les prix.
Sur le plan de l’activité, la croissance économique de l’Union s’est établie à 6,7 % en 2025, après 6,2 % en 2024, portée par les performances de la campagne agricole, des services ainsi que des industries extractives et manufacturières.
Pour 2026, le PIB réel progresserait de 6,4 %, soutenu par une demande intérieure robuste et la bonne tenue des productions extractives et agricoles.
Les crédits à l’économie ont, pour leur part, augmenté de 5,6 % en 2025, traduisant un renforcement graduel du financement bancaire.
Les échanges extérieurs se sont également améliorés, grâce à la hausse des exportations de produits pétroliers, d’or et de cacao, conjuguée à la baisse des coûts des produits alimentaires et énergétiques importés et à une mobilisation accrue des ressources extérieures par les États membres.
Tout en amorçant cet assouplissement monétaire, le Comité de politique monétaire « continuera d’accorder une vigilance particulière aux risques pesant sur l’évolution des prix » et « prendra, si nécessaire, les mesures idoines pour assurer la stabilité monétaire et financière de l’Union », a assuré Jean-Claude Kassi Brou.
Source : https://fr.apanews.net/integration/uemoa-la-bceao-abaisse-ses-taux-directeurs-de-25-points-de-base/